La Bank Valero – La première banque hébreue, 1848-1915

 Valero, la banque du Yishouv  par Mylène Sebbah  ( Pour tous nos lecteurs francophone)

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Musée Eretz Israël à Ramat Aviv.

Le nom de Valero ne dira sans doute pas grand-chose à l’Israélien moyen, et pourtant pendant plus de soixante-dix ans, il y a un plus d’un siècle, la famille était responsable de la création et du fonctionnement de la banque du meme nom, l’une des entreprises phares du Yichouv de la seconde moitié du XIX ème jusqu’au début du 20 ème siècle.

Un Juif d’origine turc, dont la famille était originaire d’Espagne, Jacob Valero, fonde en 1848 la Banque Valero à Jérusalem, non loin de la porte de Jaffa, à l’intérieur de l’enceinte de la vieille ville.

À l’époque, il n’y avait au Proche-Orient aucune organisation bancaire de type occidental, aucune infrastructure pour traiter les transactions financières.
C’était, pour ainsi dire, le désert bancaire.

Jacob ne cherche pas à faire de l’argent pour l’argent ; il est plus intéressé par l’amélioration de la qualité de vie de la communauté juive locale et se consacre à ce qu’il considère comme des valeurs importantes.
Il avait à cœur d’éduquer à ses enfants à bien se comporter et à prendre soin des autres.

À sa mort en 1880, il est néanmoins à la tête d’une fortune considérable.

Son fils Haïm Aharon Valero reprend l’entreprise et, si l’on en croit son arrière-petit-fils, Oren Valero, avocat d’affaires à Jérusalem, il jouissait d’une position élevée à la fois dans la communauté locale et sur la scène internationale.
Polyglotte – il parlait au moins sept langues couramment, y compris le ladino, l’arabe, l’hébreu et probablement un peu le yiddish -, diplomate, il était devenu la plaque tournante de la finance moyen-orientale :

“C’était à la fois une sorte de ministre des Finances et de ministre des Affaires étrangères”, raconte son descendant.
En un mot, il s’occupait d’opérations bancaires et financières et était le principal canal pour la réception des dons en provenance des communautés juives d’Europe.
Il avait une procuration pour le baron Edmond de Rothschild et affectait l’argent aux diverses causes locales que le Baron soutenait.

Il gérait également toutes les finances de la communauté séfarade de Jérusalem. Tous les dignitaires étrangers en visite dans la région tenaient à le rencontrer.
La banque a fermé en 1915, la Première Guerre mondiale ayant efficacement bloqué toutes les voies du commerce international en Palestine.

Mais Haïm Aharon continue à être l’homme par lequel passent toutes les affaires financières de la région, bonnes ou mauvaises.
En octobre 1922, en tant que chef de la communauté locale séfarade, il est autorisé par le Département juridique de Jérusalem à conserver les documents de faillite d’un homme appelé Frutiger.
En effet, il est à la tête du Conseil de la Communauté sépharade depuis au moins 1891, ce dont un document atteste, qui porte les cachets et signatures des grands rabbins de l’époque.

Oren Valero, décrit son arrière-grand-père non seulement comme un financier habile et un diplomate, mais aussi comme un visionnaire non dénué de courage :
“Quand les choses sont devenues difficiles à l’intérieur des murs de la vieille ville”, raconte-t-il, “Haim Aharon a déménagé et a construit une maison près de la rue de Jaffa d’aujourd’hui.
C’était courageux car l’endroit était désolé et peu sûr.
Il y a aussi construit une synagogue (qui est encore en usage aujourd’hui).

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Haim Aharon Valero devient propriétaire de plusieurs domaines et terrains à Jérusalem et les consacre au développement de la ville : il fournit ainsi le terrain pour la construction des hôpitaux Shaare Zedek et Bikour.
Et qui sait encore aujourd’hui que le fameux “Machané Yehuda”, plaque tournante du commerce à Jérusalem, s’appelait à l’origine le “marché Valero” ?
Haim Aharon et son père Jacob avant lui, avaient une très haute idée de l’éthique qui devait avoir cours dans le monde des affaires : l’honnêteté, la fiabilité, l’intégrité, l’exactitude…

La banque émettait ses propres billets, des petites coupures qui rappellent les billets du Monopoly. Toutes sortes de monnaies étaient en usage en ce temps-là, turcs, allemands, britanniques.
Mais un billet de banque portant les signatures de Valero était une garantie.

Haim Aharon Valero œuvrait aussi à la paix entre les différentes communautés dans la Palestine ottomane, arbitrant les différends entre les membres des communautés sépharades et ashkénazes. Son fils, le juge Moshe Valero, avait de nombreux amis arabes avec lesquels il buvait du thé et écoutait de la musique.

Plusieurs membres de la famille Valero partiront ensuite à l’étranger faire des études ou se marier mais beaucoup reviendront, et la famille reste enracinée à Jérusalem.

Une exposition au Musée Eretz Israël à Ramat Aviv met en lumière l’histoire de la famille Valero.
Elle met en avant, presque cent ans avant la création de l’État d’Israël, ces familles juives d’entrepreneurs, entreprenants, avec un sens aigu de leur mission “communautaire” à laquelle ils consacraient une part importante de leur temps.
Ce sont eux, entre autres, qui ont jeté les bases qui serviront plus tard à édifier l’État d’Israël.

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MH – New York Jewish Guide

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